Le site de l’INA présente ainsi le film “La télévision œil de demain" (04min07s), réalisé par J. K. Raymond-Millet en 1947 :


"Le film imagine les utilisations et applications de la télévision dans le futur dans différents domaines. Annonçant ainsi l’omniprésence des écrans, l’internet nomade, la prédominance de la forme sur le fond et les images en trois dimensions. Ce sens troublant de l’anticipation, où l’on sent l’influence de Barjavel, est masqué par un commentaire caustique et une profusion d’images assez loufoques."

Le ton du film, qui se clôt par un très ironique et ambivalent “…car vous avez soif de progrès” est effectivement remarquable.

On peut le regarder après avoir lu le court texte de Paul Valéry, « La conquête de l’ubiquité » (1928) (texte par ailleurs cité par Walter Benjamin en deux moments, dont l’introduction, de son fameux ouvrage L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique) dont le propos portait, quant à lui, sur le pressentiment de nouvelles modalités de réception visuelle et auditive d’œuvres, à l’aide des nouveaux moyens de communication : 

"Sans doute ce ne seront d’abord que la reproduction et la transmission des œuvres qui se verront affectées. On saura transporter ou reconstituer en tout lieu le système de sensations, – ou plus exactement, le système d’excitations, – que dispense en un lieu quelconque un objet ou un événement quelconque. Les œuvres acquerront une sorte d’ubiquité. Leur présence immédiate ou leur restitution à toute époque obéiront à notre appel. Elles ne seront plus seulement dans elles-mêmes, mais toutes où quelqu’un sera, et quelque appareil. Elles ne seront plus que des sortes de sources ou des origines, et leurs bienfaits se trouveront ou se retrouveront entiers où l’on voudra. Comme l’eau, comme le gaz, comme le courant électrique viennent de loin dans nos demeures répondre à nos besoins moyennant un effort quasi nul, ainsi serons-nous alimentés d’images visuelles ou auditives, naissant et s’évanouissant au moindre geste, presque à un signe. Comme nous sommes accoutumés, si ce n’est asservis, à recevoir chez nous l’énergie sous diverses espèces, ainsi trouverons-nous fort simple d’y obtenir ou d’y recevoir ces variations ou oscillations très rapides dont les organes de nos sens qui les cueillent et qui les intègrent font tout ce que nous savons. Je ne sais si jamais philosophe a rêvé d’une société pour la distribution de Réalité Sensible à domicile."

Notant, à cet égard, un retard du domaine des arts visuels par rapport au domaine de la musique, il pouvait encore écrire :

"Nous sommes encore assez loin d’avoir apprivoisé à ce point les phénomènes visibles. La couleur et le relief sont encore assez rebelles. Un soleil qui se couche sur le Pacifique, un Titien qui est à Madrid ne viennent pas encore se peindre sur le mur de notre chambre aussi fortement et trompeusement que nous y recevons une symphonie."

Sources :

J. K. Raymond-Millet, “La télévision oeil de demain” (1947), INA <http://www.ina.fr/video/I10257139/la-television-oeil-de-demain.fr.html>

Paul Valéry, « La conquête de l’ubiquité » (1928), Œuvres, tome II, Pièces sur l’art, Gallimard, Pléiade, 1960, pp. 1283-1287, paru initialement dans De la musique avant toute chose, Éditions du Tambourinaire, 1928.

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